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Blog géopolitique sans concession

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Blog géopolitique qui balaie l'actualité à travers les aspects socio-économique, politique, éthique et spirituel.

Russia is back !

Russia is back !

     Je vois d’ici la réaction ulcérée – et justifiée- des inconditionnels de la langue française. Qu’ils se rassurent, le titre fait référence au slogan du candidat américain Ronald Reagan à la présidentielle de 1980 « America is back » (« l’Amérique est de retour »). Elu en 1980 et réélu en 1984, l’Histoire retiendra que c’est son successeur et son ex-vice président,  George Bush senior qui assistera à l’effondrement de l’Union Soviétique et du Bloc de l’Est au début des années 1990. Actuellement c’est comme si nous vivions  un scénario similaire mais inversé. A savoir une montée en puissance russe spectaculaire couplée à une déliquescence états-unienne tout aussi spectaculaire. Toujours est-il que les récentes décisions conjoncturelles de la direction russe et la  publication inédite et récente de la nouvelle doctrine de dissuasion nucléaire en juin 2020 (1) nous montrent que le temps des concessions sans fin ni réciprocité  est terminé.

 

 Les mesures décisives récentes prises par Moscou

  • Tout le monde a en tête le récent incident impliquant des militaires russes et états-uniens en Syrie du Nord (2).Il semblerait que des miliciens kurdes avaient commis auparavant des exactions envers des villageois arabes. Tentant de rattraper les coupables, les militaires russes s’étaient heurtés aux soldats US. Au lieu de ralentir les Russes provoquèrent un choc de blindé contre blindé et des commotions cérébrales chez plusieurs yankees. Ce genre d’incidents n’est pas rare. Ce qui est nouveau est que les autorités militaires et politiques russes n’ont ni caché ni minimisé l’incident mais l’ont au contraire totalement assumé et revendiqué. Il faut dire que les Russes sont en Syrie à la demande des autorités légitimes alors que les Américains sont sur place, cela n’étonnera personne, en violation du droit international pour piller la région riche en hydrocarbures et la déstabiliser.

 

  • Plus important, un développement intéressant mais passé inaperçu se déroule depuis fin août : des unités de génie russes seraient entrain d’aider les soldats syriens à bâtir des ponts sur l’Euphrate en vue de reconquérir l’Est de ce fleuve (3).Autrement dit, si l’on croit le site South Front, l’Armée Arabe Syrienne et les militaires russes vont bientôt faire face aux Kurdes et à leurs protecteurs…US . Si cela se confirme on assistera alors à un tournant majeur du conflit syrien sans fin déclenché en 2011.
  • Sur autre plan, suite à l’empoisonnement présumé de l’opposant russe Navalny, son sauvetage par une équipe médicale russe, et son transfert en Allemagne, les Occidentaux ont exigé l’ouverture d’une enquête et la punition des responsables. Ce à quoi Moscou a sèchement répondu que pas d’identification du poison signifiait qu’il n’y avait pas d’empoisonnement. Car les médecins allemands si prompts à conclure que Navalny avait été empoisonné, n’ont à ce jour pas transmis leurs analyses aux autorités russes. A présent, j’ouvre une parenthèse sur ce monsieur Navalny porté aux nues par les media occidentaux  et présenté comme le champion de la démocratie. C’est en vérité un nationaliste et un raciste mais partisan de l’intégration de la Russie à l’OTAN et à l’Union Européenne. Et surtout c’est un Young Leader soutenu et adoubé par les dirigeants de l’université états-unienne de Yale (4). Ce qui nous ramène inévitablement à la célèbre citation (apocryphe?) prêtée à différents présidents US : « c’est un bâtard mais c’est notre bâtard ». Et ce qui explique également qu’un sondage de 2017 donnait 60% de popularité au Président Poutine contre…2% à Navalny. Dans ce contexte on ne voit pas trop quel intérêt aurait M.Poutine, qui on l’imagine a d’autres chats à fouetter, à ordonner le meurtre retors d’un opposant aussi insignifiant. Tout ce vacarme serait-il lié au Nord Stream II, ce gazoduc en cours de finition censé transporter davantage de gaz de Russie à l’Allemagne sans passer par l’Ukraine et qui donne des urticaires aux dirigeants US ? Je vous laisse  le soin de conclure par vous-mêmes.
  • S’agissant du désordre biélorusse, le Président russe a sifflé la fin de la récréation. En effet, lors de la dernière interview accordée à un medium russe, M.Poutine a affirmé qu’une réserve de police russe était à la disposition de son homologue biélorusse si les événements tardaient à se calmer. Et d’ajouter taquin qu’il espérait naturellement qu’on en arriverait pas à ce point. Précisons que cette éventuelle intervention russe entre dans le cadre d’un accord bilatéral signé par les deux pays et que M.Poutine, contrairement à une légende véhiculée par les Occidentaux, est très pointilleux sur les aspects juridiques de ses décisions .Un conseil pour les habituels déstabilisateurs professionnels : oubliez la Biélorussie.
  • Enfin, cerise sur le gâteau et pour bien enfoncer le clou de la fermeté, le chef d’Etat russe a inauguré en personne le jeudi 27/08/2020 une nouvelle autoroute en Crimée. Crimée qui n’a pas été « annexée » comme aiment à  répéter inlassablement les journalistes partisans, mais rattachée démocratiquement à la Russie en 2014 suite au coup d’Etat néo-nazi et pro-occidental à Kiev. (Sur l’Ukraine et l’importance de la reconquête de la Crimée, voir deux de mes articles qui ont abordé la question (5)).Examinons à présent la stratégie militaire russe de long terme .

 

Publication de la doctrine de dissuasion nucléaire russe,évènement historique

    Elle a été publiée le 02/06/2020 sous la forme d’un oukase signé par le chef d’Etat. Il est important de signaler que c’est la première fois que la Russie rend public un document officiel relatif à sa politique nucléaire. Cela a été annoncé dans un contexte oû les Etats-unis d’Amérique (EUA) de l’Administration Trump quittent un à un et unilatéralement des traités internationaux de sécurité provoquant ainsi une incertitude géopolitique dangereuse. C’est le cas de  l’annonce en mai 2020 de l’abandon US sous des prétextes fallacieux du traité ciel ouvert (traité qui conservait un certain niveau de confiance entre les différents protagonistes), du retrait du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (INF) et de la destruction délibérée de l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA).

Ce que je retiens du décret exécutif officiel est :

  • Que toute agression à même de menacer l’existence de l’Etat russe peut faire l’objet d’une riposte nucléaire. En d’autres termes, il n’est pas nécessaire que les missiles lancés sur le territoire russe soient dotés de têtes nucléaires pour déclencher une contre-attaque nucléaire. Peu importe que les armes de destruction massive soient nucléaires ou pas, la Russie se réserve le droit de réagir par des ogives nucléaires. Cela parait logique puisque les officiers russes n’ont pas de moyen infaillible et rapide de distinguer les bombes nucléaires des bombes conventionnelles. Surtout quand on sait que les Américains ont développé des vecteurs capables de transporter les deux types de bombes et qu’ils ont miniaturisé des missiles nucléaires les rendant plus tentants à l’usage.
  • Toute attaque menée contre un allié par des moyens de destruction massive est considérée comme une attaque contre la Russie. Voilà de quoi refroidir quelques têtes brûlées d’en face.

La publication du document précité à ce moment précis est donc un avertissement sévère et clair adressé aux adversaires de la Russie.

 

       Il est souvent question en ce moment de la notion de piège de Thucydide. Cette théorie remise au goût du jour par l’états-unien G .T.Allison selon laquelle une puissance dominante agresse une autre puissance montante de peur d’être dépassée par cette nation émergente. Outre l’absurdité du raisonnement (on ne déclenche pas une guerre car on refuse d’être N°2 au lieu de N°1), je crois que pour le cas russe, le pays de Poutine a déjà dépassé militairement les EUA . En effet, et malgré un budget militaire dix fois moindre, la Rus est parvenue à dépasser en qualité les EUA dans divers domaines dont les armes hypersoniques ou la guerre électronique. M.Poutine s’est bien gardé de taire cette avancée et a fait connaître haut et fort tout (ou partie) du potentiel militaire moderne russe lors de sa fameuse allocution de mars 2018 afin de dissuader l’ennemi de toute initiative irréfléchie. Quant à l’illusion d’endiguer (le célèbre« containment ») et d’isoler la grande Russie, les stratèges de l’OTAN peuvent remballer leur projet. Outre que le pays s’étale sur 11 fuseaux horaires et qu’il regorge de richesses quasi-illimitées du sol et du sous-sol, la direction russe a tissé au fil du temps une alliance stratégique  multidimensionnelle avec le géant chinois et des partenariats solides avec des puissances régionales comme l’Iran. Serait-ce suffisant pour dissuader une grande provocation des membres de l’OTAN et alliés ? L’avenir (proche) nous le dira. Mais connaissant l’état d’esprit des dirigeants de ces pays, en particulier des EUA et leur propension à croire à leurs propres mensonges et propagandes, on peut en douter.

 

  1. https://tass.com/defense/1163285
  2. https://fr.sputniknews.com/international/202008271044326213-video-de-lincident-entre-vehicules-militaires-americains-et-russes-en-syrie-/
  3. https://southfront.org/russian-and-syrian-forces-prepare-for-expansion-on-eastern-bank-of-euphrates-river/
  4. https://worldfellows.yale.edu/person/alexey-navalny/
  5. http://la-geopolitique-sous-le-regard-de-zzz.over-blog.com/2020/06/la-russie-contemporaine-dans-la-geopolitique-internationale-effacement-ou-affirmation.html et  http://la-geopolitique-sous-le-regard-de-zzz.over-blog.com/2020/06/le-president-poutine-doit-il-cesser-de-faire-confiance-a-dr-tayyip-mr-erdogan.html

 

 

 

Par ZZZ le 04/09/2020

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